Excision au Burkina: une lueur d’espoir après 30 ans de lutte

Au Burkina Faso comme dans de nombreux pays de la sous-région, les mutilations génitales féminines, sont des pratiques qui ont causés de nombreux dommages dans la vie communautaire. L’excision, la forme la plus répandue des MGF, touche 67,6% des femmes de 15 à 49 ans; 11,3% des fillettes de moins de 15ans.Après 30 ans de lutte, c’est désormais les populations qui s’engagent pour le combat. En effet, selon le rapport annuel de l’UNFPA Burkina, 3661 villages et secteurs ont pris l’engagement de mettre fin aux MGF .

Selon L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), les mutilations sexuelles féminines recouvrent toutes les interventions incluant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou autres lésions des organes génitaux féminins pratiquées pour des raisons non médicales.
Dans la Déclaration conjointe OMS/UNICEF/UNFPA, les mutilations sexuelles féminines sont classées en quatre types. Ces quatres (04) types comportent notamment le type1 qui est l’ablation partielle ou totale du clitoris ou clitoridectomie.Le type 2 qui est l’ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres ou excision. Le type 3 renvoi au rétrécissement de l’orifice vaginal avec recouvrement par l’ablation et l’accolement des petites lèvres et/ou des grandes lèvres, avec ou sans excision du clitoris ou infibulation. Le type 4 comporte toutes les autres interventions nocives pratiquées sur les organes génitaux féminins à des fins non thérapeutiques, telles que la ponction, le percement, l’incision, la scarification et la cautérisation.

Le terme «excision» est fréquemment utilisé pour désigner tous les types de mutilations sexuelles féminines.
L’excision est une forme de mutilation génitale très répandu au pays des hommes intègres.

Selon Auguste KPGNON, représentant Résident du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), « Les mutilations génitales féminines sont des pratiques traditionnelles qui sont des manifestations structurelles d’inégalités entre les sexes et qui malheureusement constituent des violations des droits fondamentaux des filles et des femmes, notamment le droit à l’intégrité physique, à la vie et à la santé ». Ces mutilations ont pour la plupart des cas engendré des conséquences néfastes sur les victimes notamment les difficultés lors des accouchements, la perte du plaisir sexuelle>>

Après plusieurs décennies de lutte contre les Mutilations Génitales Féminines (MGF), des avancés sont certes réalisées, mais le constat est que le phénomène a encore la peau dure dans notre pays. « Malgré toutes les actions de sensibilisation et de répression, entreprises en Afrique et particulièrement au Burkina Faso, cette pratique reste une réalité dans notre pays. Elle touche 67,6% des femmes de 15 à 49 ans et 11,3% des fillettes de moins de 15 ans. Cette situation est inacceptable et nous devons travailler à la corriger », a souligné le Premier Ministre Christophe Joseph Marie Dabiré, le mardi 30 juin 2020, au cours de la cérémonie commémorative de la 17e journée internationale tolérance zéro aux mutilations génitales féminines et de la 20e journée nationale de lutte contre la pratique de l’excision.

La loi 025/2018 du nouveau code pénal qui dispose en son article 513-7 : « est puni d’une peine d’emprisonnement d’un à dix ans, et d’une amende de cinq cent mille à trois millions francs CFA, quiconque porte atteinte ou tente de porter atteinte à l’intégrité de l’organe génital féminin par ablation, par excision, par infibulation, par insensibilisation ou par tout autre moyen. Si la mort en est résultée c’est un emprisonnement de onze à vingt et un ans, et une amende d’un million à cinq millions francs CFA » et l’article 513-8 dispose : « les peines sont portées au maximum si l’auteur est du corps médical ou paramédical. La juridiction saisie peut en outre prononcer contre lui l’interdiction d’exercer sa profession pour une durée qui ne peut excéder cinq ans ».

La période de vacance est parfois la saison des excisions

La saison des vacances de nombreuses fillettes au Burkina, les mois de juillet à septembre sont généralement des périodes où elles sont plus vulnérables aux excisions. En effet les vacances scolaires sont utilisées pour les parents et les familles pour passer leurs filles au fil de la lame.

crédit photo : Ange Jordan Meda

En général, les filles sont envoyés dans les villages avec le prétexte de visite de la famille ou de participation aux travaux champêtres pour être en réalité exciser.
Cette longue période permet alors de gérer la cicatrisation des blessures qui durent plusieurs semaines.Certains continuent cette pratique clandestinement ou en allant le faire à l’étranger notamment les pays frontaliers.

Le Covid-19 a été signalé pour la première fois à Wuhan, en Chine, le 31 décembre 2019. Dès le mercredi 11 mars 2020, selon les mots du directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le COVID-19 est devenu une pandémie à l’échelle mondiale.
Le premier Burkinabè cas a été enregistré le 09 mars 2020. S’en ai suivi la fermeture des frontières et l’arrêt des cours face à l’augmentation des cas et des morts. Depuis le 21Mars 2020, la fermeture des frontières intervient comme une mesure pour endiguer le Covid-19, c’est cinq (05) mois plus tard soit le 1er Août qu’une réouverture est possible. Rallongeant ainsi le temps de vacances pour les filles qui sont plus vulnérables aux MGF.
Même si des statistiques clairs qui établissent la relation entre cette zone rouge et l’excision sont rares, les responsables de lutte et les spécialistes considèrent que l’excision est le plus souvent pratiqué pendant les vacances.

L’engagement de la communauté,une lueur d’espoir qui pointe à l’horizon

Selon l’UNFPA Burkina, 3661 villages et secteurs ainsi que1 818 ménages ont pris l’engagement de mettre fin aux Mutulations Génitales Féminines.

Pour beaucoup d’hommes qui comprennent et voient de manière palpable les conséquences de l’excision sur leurs femmes et filles, il est temps d’abandonner cette pratique ancestrale qui fait tant de ravages.

Ils estiment que la pratique de l’excision a plus d’inconvénients et que les raisons qui motivaient cette forme de violences ne tiennent plus la route.

Déjà en 2016,le docteur Akotionga, spécialiste en reconstruction du clitoris déclarait dans un article du Monde que
« L’argument traditionaliste ne tient pas. Nous nous sommes déjà défaits d’autres traditions moins dangereuses. Avant, pour se distinguer, les 60 ethnies du Burkina Faso se scarifiaient le visage. Plus personne ne le fait aujourd’hui. Les gens se limaient les dents en pointe pour ressembler aux félins. Une tradition abandonnée elle aussi. Pourquoi garder l’excision ? Une coutume qui rend malade ou tue n’est pas une bonne coutume>>

L’engagement des hommes aux côtés des femmes pour l’éradication de l’excision sous toutes ses formes, marquera, nous l’espérons, la fin de ce fléau.

Neïmatou SAKANDE

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